Hommage à Fernand Audouin
Article de Cédric Gandolf dans l’édition de la Dordogne du journal Sud-ouest du vendredi 19 juin :
L a Ville de Bergerac a organisé, mercredi 10 juin, au 28, rue Valette, une cérémonie en hommage au sous-lieutenant Fernand Audouin, arrêté par la Gestapo, le 10 juin 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale. L’homme, qui a débuté sa carrière en 1927 à Issigeac, fait partie des héros de la Résistance pendant l’occupation nazie. En 1942, Fernand Audouin avait obtenu une promotion au grade d’adjudant de la gendarmerie de Bergerac, située, jadis, au 28, rue Valette.
Un tournant en 1940
C’est en 1940, que sa vie a pris un tournant, lorsqu’il a refusé de collaborer avec le régime de Vichy. Fernand Audouin a rejoint le réseau Andalousie pour occuper le poste d’agent de renseignements, de manière clandestine, en parallèle de sa fonction de chef de brigade de la gendarmerie bergeracoise.
Chaque soir, l’officier envoie des informations collectées durant sa journée. « Mon grand-père transmettait les informations nécessaires aux membres d’Andalousie, depuis le grenier de l’ancienne caserne des forces de l’ordre, jusqu’au petit matin, si nécessaire. Il renseignait le plus possible ses collègues résistants du Sud-Ouest de la France », tient à rappeler Jacques Audouin, son petit-fils, actuel maire de SaintAstier.
Mais un Bergeracois a fini par dénoncer Fernand Audouin auprès de la Gestapo. Celui-ci s’est fait arrêter sur son lieu de travail, le 10 juin 1944, laissant derrière lui son épouse et ses cinq enfants. L’un de ses six d’entre eux a perdu la vie, à Tulle (Corrèze), après avoir rejoint les enfants de troupe bien avant le décès de son père. « Notre grand-mère était effondrée quand elle a appris la nouvelle. Elle a élevé, seule, ses enfants. Certains sont devenus ingénieurs, quand d’autres ont rejoint les rangs de la gendarmerie », souligne Hélène Audouin, l’une de ses descendantes.
Entendu à Bordeaux, le gendarme prend la défense de quatre de ses camarades, eux aussi arrêtés par la Gestapo. Contrairement à lui, ces derniers échappent à la Déportation grâce à son mutisme et sa volonté de porter seul la responsabilité des actes de résistance pour lesquels ils avaient été arrêtés. Face au labeur épuisant, la famine et les mauvais traitements, l’homme est décédé le 1er décembre 1944 au camp de concentration de Hersbruck.
Devoir de mémoire
Le 10 juin, quatre-vingt-deux ans après les faits, Jacques Audouin tient à honorer « ces vies exemplaires » comme celle de son grand-père. « Il s’est sacrifié pour ses collègues et pour ses proches. Avec les guerres actuelles dans le monde, je pense que les Français ont besoin de références, de héros comme lui », estime-t-il.
Hélène Audouin conclut sur l’héritage de la mémoire laissé par son grand-père : « L’accès très simple aux archives via Internet ou sur les réseaux sociaux pousse les jeunes à mener leurs propres recherches sur sa vie. »
Fernand Audouin a reçu les « plus hautes distinctions » de la patrie à titre posthume. Parmi elles, la croix de chevalier de la Légion d’honneur, la croix de guerre, avec palme, ou encore la médaille de la Résistance.
La mémoire de l’adjudant Fernand Audouin a été honorée, mercredi 10 juin, devant les anciens locaux de la brigade de gendarmerie, rue Valette.