Le réseau « Françoise »
Article de Nancy Ladde avec Jacques Boujou dans l’édition de la Dordogne du journal Sud-Ouest du mercredi 17 juin 2026 :
La commune de Lunas en Bergeracois a inauguré sa nouvelle halle, vendredi 12 juin, en la baptisant avec les noms de ce couple pourtant méconnu
Ce sont deux noms qui sont « restés trop longtemps dans l’ombre », comme l’a déclaré Pascal Liabaste, le maire de Lunas, vendredi 12 juin à l’heure d’inaugurer la salle Georgette-et-Jean-Brégi, située sous la halle flambant neuve de la commune. Il y a encore quelques mois, personne ne savait que le village du Bergeracois avait accueilli deux personnages marquants de la Résistance qui ont œuvré au sein d’un des plus importants réseaux d’évasion d’aviateurs alliés de France durant la Seconde Guerre mondiale.
C’est l’historien Patrice Rolli qui a mis au jour le « parcours hors norme » de Jean Brégi, mais aussi de sa femme Georgette. Natif de Sedan, l’ingénieur chimiste est mobilisé à la poudrerie nationale du Bouchet en 1939, avant d’être démobilisé, un an plus tard, à Villamblard et d’acheter une ferme dans le hameau de Biorne, à Lunas.
Engagé dans une usine de production de térébenthine à Laveyssière (commune nouvelle d’EyraudCrempse-Maurens), il entre avec son épouse, début 1942, dans le réseau Pat O’Leary, comme agent P2, chargé de l’hébergement et du courrier. « C’est une résistance précoce, remarque Patrice Rolli. Début 1942, on sait qu’il vide des wagons-citernes dans son usine car ils sont destinés à l’Allemagne. »
«Très dangereux »
En septembre 1942, Jean Brégi participe à l’évasion et à l’embarcation de 34 militaires britanniques à CanetPlage (66). Quelques mois plus tard, en décembre, il participe à l’évasion de Ian Garrow, le premier chef du réseau Pat O’Leary incarcéré à Mauzac, et l’héberge quinze jours à Biorne avant son exfiltration en Espagne.
Début janvier 1943, le couple accueille l’australien Thomas Groome, opérateur radio, et son adjointe Danielle Reddé. « Ce sont des missions très dangereuses, d’autant que les Allemands avaient un système de repérage des émissions radiophoniques », explique Patrice Rolli rappelant qu’on risquait la peine de mort pour l’accueil d’aviateurs alliés. En mars 1943, alors qu’Albert Guérisse (chef du réseau) a été arrêté avec plusieurs membres, Jean Brégi devient n°2 du réseau qui se nomme désormais Françoise, placé sous la houlette de Marie-Louise Dissart. Après avoir purgé six mois de prison à Périgueux pour avoir saboté, dans son usine, une cuve d’acétate d’éthyle destinée à la Luftwaffe, Jean Brégi se consacre entièrement au réseau jusqu’à la Libération tout en alimentant le réseau Andalousie (renseignements). Régulièrement, il se rend en Suisse pour aller chercher des aviateurs et les convoyer à Toulouse. Il en accueille à Biorne et fabrique des faux papiers tandis que son épouse participe aussi aux missions.
Inconnu au pays des Maquis
« Son histoire met l’accent sur une forme de résistance peu connue en Dordogne, qui est le pays des Maquis. C’est un parcours hors norme et d’ampleur nationale », estime Patrice Rolli qui rappelle que les autres membres du réseau ont souvent payé un très lourd tribut. Même pas oublié car jamais connu, le couple a désormais un monument àson nom. « Le courage, le vrai, celui des profondes convictions, se doit d’être perpétué », a relevé Pascal Liabaste lors de la cérémonie où des descendants du couple avaient fait le déplacement