« Hercule » et « Claude »: Une double biographie

« Hercule » et « Claude »: Une double biographie

Denis Toison, auteur d’ouvrages historiques, éditeur à Saint-Sardos dans le Lot-et-Garonne, publie une double biographie des destins croisés de Michèle Puyrigaud, « Claude » dans la Résistance, et de Roger Ranoux, « Hercule » dans la Résistance. A travers les parcours de leurs parents respectifs, de leurs propre engagement politique et de leur combat contre les fascistes et pour « un monde idéal », c’est tout le vingtième siècle qui nous ait conté, dans une écriture fluide et simple. 

Voici l’article d’Hervé Chassain, du Sud-Ouest dimanche du 11 décembre, sur cet ouvrage qui pourra se poser avec bonheur au pied des sapins périgourdins de ce Noël 2022:

Un couple à travers la Résitance et la politique

D’abord comme résistants sous les noms d’Hercule et Claude, puis responsables communistes, Roger et Michelle Ranoux ont participé à de grands moments de l’histoire de la Dordogne

« Son nom de guerre, Roger Ranoux, il l’avait obtenu en s’engageant dans un maquis corrézien en 1943. Son chef, Léon Lanot, l’avait jaugé : « Tu es grand et costaud, ce sera Hercule ». Pour Michelle Puyrigaud, ce fut Claude, donné par un réseau communiste pour désigner cette jeune agente de liaison à vélo qui portait messages et documents de propagande. Chacun passa la guerre de son côté, mais avec les mêmes valeurs, avant de se rencontrer au moment de la Libération et d’unir leurs destins. Leurs portraits croisés font désormais l’objet d’un important ouvrage que vient de publier Denis Toison (1). Leurs vies et leurs engagements suivent de larges pans de l’histoire de la Dordogne et du pays.

L’histoire locale a surtout retenu le nom d’Hercule, qui se retrouva très vite jeune chef de maquis grâce à sa carrure, son intrépidité et parce qu’il fallait bien remplacer ceux qui ne survivaient pas à la lutte sans merci contre les occupants et leurs collaborateurs. Il fut aussi par la suite une figure du Parti communiste (PCF) en Dordogne, devenant un temps son secrétaire fédéral. Sur la fin de sa vie, il fut aussi un garant de la mémoire de la Résistance, face à tous les révisionnismes.

Le grand homme

Claude, mariée à Hercule au lendemain de la guerre, mena une vie de militante et de mère de famille, en apparence dans l’ombre de son « grand homme » de 1,88 mètre. Elle était née à Pierrefiche, près de Thiviers, dans une famille rurale aux valeurs communistes. Lui venait de Lavilledieu, village raccroché depuis à Terrasson, où ces mêmes valeurs étaient ancrées chez les ouvriers des nombreuses entreprises du secteur. La faucille et le marteau qui ne pouvaient que se retrouver.

Comme l’explique aujourd’hui Jacques Ranoux, l’un de leurs quatre enfants (avec Claudine, Patrick et Sylviane), « ils ont été très jeunes engagés dans les valeurs de la République, de la paix et de la justice sociale ». Des idéaux acquis durant la Résistance et poursuivis dans leur vie militante. Comme chef des Francs tireurs et partisans (FTP), Hercule a suivi de près ou de loin tous les aspects de la guerre en Dordogne. Même des histoires étonnantes comme celle de sœur Philomène, la religieuse qui avait été exécutée pour avoir dénoncé un maquis.

Le député en HLM

Leur engagement communiste après-guerre illustre l’importance, aujourd’hui oubliée, de ce parti. Ses militants vivaient la plupart du temps aux côtés de ceux qu’ils défendaient. Après la guerre, la vie fut difficile, même pour l’ancien maquisard. Mais chez les communistes, on savait se serrer les coudes. Roger Ranoux avait été embauché comme homme à tout faire et son épouse comme lingère, au centre de vacances de la Ville de Saint-Denis, sur la commune de Montrem, dont il devint maire par la suite.

Élu député en 1956, Roger Ranoux avait été obligé de se loger en HLM, en banlieue parisienne. Un mandat qui ne dura que deux ans.

Chez les Ranoux, on parlait beaucoup de politique. Michelle Ranoux jouait un rôle important dans les décisions de son mari. Jacques et Sylviane se souviennent encore des longues discussions lors des repas familiaux : « On pouvait formuler toutes les opinions qu’on voulait, mais il fallait les argumenter ». Les grands remous au sein du PCF ont été vécus de l’intérieur, « mais toujours sous l’aspect humaniste, pas stalinien », témoignent les enfants.

Hercule, décédé en juillet 2015 à l’âge de 95 ans, a été rejoint en avril 2021 par Claude, à l’âge de 94 ans, dans le caveau familial du cimetière de Saint-Lazare, au Lardin. Comme pour y continuer leurs éternelles discussions… »

(1) « Hercule et Claude, du devoir de résistance au désir d’humanité », par Denis Toison (Éditions de l’Oustal). Prix : 24,50 €. Dans toutes les librairies. Séances de édicaces samedi 17 décembre au matin à la Maison de la presse de Thiviers, vendredi 6 janvier à l’espace culturel Leclerc de Trélissac et samedi 7 janvier à la librairie Marbot de Périgueux.

« Hercule et Claude », c’était un livre que voulait écrire l’ancien journaliste Martial Faucon, camarade de Résistance de Roger Ranoux en Terrassonnais. Le poids des ans en a décidé autrement. Il a décidé de confier ce gros travail d’histoire et de mémoire à son neveu Denis Toison, déjà auteur de plusieurs ouvrages historiques, éditeur installé à Saint-Sardos en Tarn-et-Garonne. Disparu en juillet 2022, Martial Faucon avait laissé une préface qui rappelle les combats du couple Ranoux. Le livre s’ouvre également sur des textes de l’historienne Anne-Marie Cocula, amie de la famille, du directeur de la Fondation de la Résistance et de Germinal Peiro, président du Département qui rappelle le rôle des combattants espagnols dans les maquis de Dordogne.

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