Le livre d’une rescapée de Ravensbrück

Le livre d’une rescapée de Ravensbrück

Article de Clément Bouynet dans l’édition de la Dordogne du journal Sud-Ouest du lundi 26 octobre 2026 :

(1) « Une Bretonne dans l’enfer de Ravensbrück » ; ed. Skol Vreizh ; 20 euros. En vente sur le site skolvreizh.com.

Marie-Louise Le Bozec a été décorée de la Légion d’honneur à Périgueux, en 1965. Plus de vingt ans après sa mort, son fils, Frank Pujol, a décidé de faire publier un tapuscrit laissé par sa mère. Elle y dépeint l’enfer des camps.

Le tapuscrit, c’est-à-dire le texte dacylographié, a été achevé en 1976. MarieLouise Le Bozec y décrit simplement, sans effets de manche ni haine apparente, son quotidien de résistante emprisonnée puis déportée au camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale. « Quand j’avais une dizaine d’années, nous sommes allés en famille là où elle avait été incarcérée. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que c’était un voyage d’initiation », se remémore le Périgordin Frank Pujol, l’un des fils de MarieLouise Le Bozec.

La résistante, originaire de Bretagne, est décédée en 2003, à Beaumont-du-Périgord. Vingt-trois ans plus tard, son récit a été édité par Skol Vreizh. « J’ai mis du temps à comprendre la valeur de son témoignage, confesse Frank Pujol. Il y a une douzaine d’années, un ami breton m’a parlé du travail d’Hervé Le Gall, président des Amis de la fondation pour la mémoire de la déportation du Morbihan. Je lui ai remis des documents et le tapuscrit. » Le tout a été imprimé cet été : « Enfin. C’est un soulagement que son témoignage paraisse enfin. Un poids énorme m’a été enlevé », dépeint le fils de la déportée.

«Aucun sacrifice n’est vain »

Frank Pujol souhaitait que les lecteurs de Dordogne soient informés de la sortie de l’ouvrage, sa mère ayant elle-même longtemps résidé dans le département (1). « Nous sommes arrivés au début des années 1960 au gré d’une mutation de mon père. Nous avons habité PortSainte-Foy-et-Ponchapt, puis Badefols-sur-Dordogne », souligne l’intéressé. Il ajoute : « Surtout, ma mère a été responsable départementale de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes [FNDIRP] pendant plusieurs années. » Deux clichés figurant à la fin du livre attestent de la considération des autorités à l’égard de Marie-Louise Le Bozec. En mai 1965, sur les boulevards de Périgueux, la Bretonne se voit épinglée de la Légion d’honneur.

Quelques années plus tard, le médecin résistant Charles Tailhades lui remet une décoration dans l’enceinte de la caserne du 5e régiment de chasseurs, toujours à Périgueux. Ce jour-là, la Bretonne avait symboliquement revêtu sa tenue de déportée. Son matricule la suivra à vie : 19 860.

Marie-Louise Le Bozec a notamment écrit : « En tant qu’élément combattant, chacun doit subir sa part de la grande misère du monde. Bien sûr, j’ai faim ; bien sûr, j’ai froid ; la maladie m’habite, c’est mon lot, ma participation, le prix qu’il me faut payer pour me compter au nombre de ceux qui poursuivent le combat. Aucun sacrifice n’est vain. »

Spread the love
Les commentaires sont clos.