Une plaque mémorielle pour le camp de Mauzac

Une plaque mémorielle pour le camp de Mauzac

Article dans l’édition de la Dordogne du journal Sud-Ouest du 24 octobre 2026 

Nancy Ladde avec Anne-Marie Sopkowitz

n.ladde@sudouest.fr

Une nouvelle plaque mémorielle a été posée, samedi 10 octobre, dans ce lieu qui a accueilli des milliers de détenus, notamment des travailleurs étrangers à partir de 1939

« Sa spécificité tient à la nature très hétérogène de la population qu’il a accueillie »

« Ils sont des milliers d’hommes et de femmes à être passés par ce qu’on nomme aujourd’hui le camp de Mauzac. Pourtant, l’histoire a laissé peu de traces de cette prison dont l’accueil a oscillé entre liberté très contrôlée et incarcération, en passant par l’internement.

Pour ne pas oublier ces « destins fracassés », le maire de Mauzac-etGrand-Castang et son Conseil municipal, en présence de nombreux élus et officiels, ont organisé, samedi 10 octobre, une cérémonie pour inaugurer une nouvelle plaque mémorielle dédiée à l’histoire poignante et souvent méconnue de ce camp partagé entre Sauvebœuf à Lalinde (camp nord) et Mauzac (camp sud).

Une démarche qui vient compléter celle de Ronald Knoth, passeur de mémoire, qui avait offert au village un panneau rendant hommage aux agents du SOE (le service secret britannique) incarcérés ici.

Tout commence en 1937 lorsque Raoul Dautry, alors ministre de l’Armement, a l’idée d’installer une poudrerie de produits spéciaux à Lalinde et que l’État réquisitionne alors 97,68 ha de terre dans ce coin de campagne bergeracoise. Dès 1939, à la gare de Mauzac, on a vu transiter différentes vagues de populations déplacées : Alsaciens évacués et travailleurs étrangers composés de républicains espagnols mais regroupant aussi des Juifs, des Allemands, des Autrichiens, des Polonais, des Belges ou encore des Anglais.

«Centre de triage »

«En mai 1940, plus de 2 000 ouvriers étrangers travaillent sur le site, jour et nuit », écrit l’historien Jacky Tronel qui s’intéresse à l’histoire du camp depuis le début des années 2000. Ils dorment dans des wagons mis à disposition par la SNCF et participent à la construction « express » des cantonnements de baraquements qui formeront les camps. Car, avec la débâcle et l’armistice du 22 juin 1940, le chantier est stoppé net, « laissant à Mauzac un immense complexe industriel inachevé de carcasses de béton ». Quelques mois plus tard, en octobre 1940, naît, à Mauzac, le 652e Groupement de travailleurs étrangers (GTE). « Ils ont participé à l’assèchement de la vallée de la Beune, au déboisement et à l’entretien de la voirie », précise Jacky Tronel. Mais Mauzac tient surtout un rôle de « centre de triage » pour toute la région. C’est là que le régime de Vichy procède au « criblage » des hommes étrangers. Quant aux Juifs, ils sont isolés au sein d’unités dites « compagnies palestiniennes homogènes ». Là aussi, Mauzac sert de zone de tri, les Juifs étant par la suite envoyés dans des GTE plus durs comme à Mauriac dans le Cantal ou Soudeilles en Corrèze.

Dans son ouvrage « Les Juifs en Dordogne », Bernard Reviriego rappelle que ce camp a été, pour certains, l’antichambre des camps d’extermination. Le 652e GTE est fermé en septembre 1942, ses occupants sont alors transférés vers le camp de Chancelade.

Femmes, relégués…

En parallèle, fin 1940 et jusqu’en mai 1945, les baraquements du camp sud servirent aussi d’annexe de la prison militaire de Paris. Occupé par des personnes condamnées par les cours de justice de l’Épuration après 1945, le camp devient entre 1947 et 1951, une prison pour femmes.

D’autres baraquements accueillent des relégués, du nom donné aux bagnards venus notamment de Guyane. « Le camp a également accueilli des objecteurs de conscience jusque dans les années 1960, détaille Jacky Tronel. 

C’était une plaque tournante. Il s’y est passé énormément de choses. »

La vocation pénitentiaire du site a perduré à travers le temps puisqu’aujourd’hui la zone accueille le centre de détention de Mauzac, construit en 1986 sous l’impulsion de Robert Badinter, où l’on peut encore observer la trace de plusieurs anciens bâtiments.

Pour l’historien, il est « regrettable que le seul vestige significatif encore visible de cette histoire, l’un des bâtiments de l’ancien camp nord, coincé entre la menuiserie Bretou et la déchetterie, ne puisse être préservé, réhabilité et transformé en mémorial ». »

Spread the love
Les commentaires sont clos.