La mémoire de l’orphelinat juif de Bergerac
Article de Thomas Jonckeau dans l’édition de la Dordogne du journal Sud-Ouest du mardi 15 septembre 2026 :
Le lycée Maine-de-Biran a inauguré une plaque commémorant le sauvetage d’une cinquantaine d’enfants juifs, grâce à l’orphelinat israélite accueilli pendant la guerre
C ’est une simple plaque qui a été inaugurée mais en grande pompe, dans l’enceinte du lycée Maine-de-Biran, à Bergerac. Dessus, un bref texte rappelle qu’entre 1941 et 1944, le site, alors lycée de jeunes filles, a permis de sauver une cinquantaine d’enfants juifs de la déportation.
Le bâtiment accueillait à l’époque les orphelins alsaciens sauvés des rafles par les œuvres israélites (Oasi). Depuis, l’orphelinat a été rasé pour devenir « le parking des profs ». Et l’histoire serait presque tombée dans l’oubli si un professeur d’allemand ne l’avait découverte, à l’occasion d’un projet sur la Seconde Guerre mondiale.
C’était en 2019. L’enseignant en question, Rainer-Maria Hankel, a eu la bonne idée de pousser les investigations, jusqu’à faire appel à l’historien Bernard Reviriego. Le duo a poursuivi le travail de mémoire tant auprès des élèves que du grand public. À force de détermination, un mémorial a donc pu être inauguré, lundi 14 septembre.
«Touchant »
Les germanistes du lycée poursuivent le travail de mémoire. Ils ont réalisé une exposition pour l’occasion. « On vient ici tous les jours sans vraiment savoir ce qu’il s’y est passé », constate Talyanna, élève de terminale. « C’est assez touchant et important de se souvenir de cette histoire », juge son camarade, Sacha.
«C’est bien qu’après sept ans de travail, cela se concrétise enfin », se réjouit Rainer-Maria Hankel, quand son complice Bernard Reviriego se « réjouit de cet accouchement heureux ». Il faut dire qu’il n’a pas hésité à ruer dans les brancards, en 2025, en voyant que le projet piétinait.
«Combat quotidien »
Dans cette époque politiquement troublée, les discours sont lourds de sens : « Cela nous rappelle jusqu’où peuvent conduire le racisme et l’antisémitisme », lance le maire, Fabien Ruet, ajoutant que « chacun peut choisir son comportement face à l’inacceptable ».
Le vice-président de la Région en charge de l’éducation rappelle que « les périls ne sont jamais ceux d’hier, mais toujours ceux de demain ». Le recteur d’académie, Jean-Marc Huart, souligne, lui, que la lutte contre « le racisme et l’antisémitisme est un combat quotidien et un objectif plus que jamais prioritaire » pour l’Éducation nationale.