Commémorations à Lempzours

Commémorations à Lempzours

Publication de Jean-Michel Lahieyte ce dimanche 6 juin sur les commémorations à Lempzours:

Ce matin, Lempzours, devant les stèles Thomasson puis Bourdin.
Ce matin comme chaque année, nous rendons hommage à la mémoire d’Adrien Thomasson, sauvagement assassiné dans dans sa ferme de Lasalle au passage de la division Brehmer. Son corps calciné a été retrouvé dans le bâtiment incendié. Puis à la mémoire de Gilbert Bourdin, jeune résistant FTPF, tué par la milice.
Une des prises de parole prononcée devant la stèle Bourdin:
« Gilbert Bourdin est né le 6 mai 1924 à Mornac sur Seudre, en Charente Maritime entre Royan et La Rochelle, c’était le fils de Benjamin Bourdin, exerçant la profession de marin et de Victoria Delhoumeau son épouse sans profession.
Son acte de décès, établi le 6 juin 1944 à Lempzours. donnait déjà son identité, la mention « Mort pour la France »y a été ajoutée après la Libération, . Son nom figure au monument aux morts de sa commune d’origine.
Marcel Ravier qui avait aidé à le mettre en bière et assisté à son enterrement, malgré le temps passé jusqu’au moment où, ces dernières années, j’ai pu recueillir son témoignage, continuait à parler de lui avec émotion « il faisait 1,73 m, c’est moi qui l’ai mesuré. C’était un beau garçon. »
Le 4 juin 1944 , les habitants des Vaures étaient occupés aux travaux de la ferme. Fernand Faure qui avait 14 ans et son grand-père avec l’aide de voisins fauchaient le foin un peu au-dessus, à « Prairie », Gaby lui, encore dans sa plus tendre enfance, se souvient d’être avec sa grand-mère qui ramassait des fleurs du tilleul que l’on voit encore devant sa maison. Fernand, Gaby, Marcel, Marcelou sont des témoins précieux de ces événements, restés tout particulièrement fidèles à cette mémoire.
La veille ou l’avant veille, Gilbert a été pris dans l’accrochage de La Chapelle-Faucher où est tombé Yves Mazeau. Avec ses camarades il a marché jusqu’ici, lui même blessé au pied. A la Rivarie ils se seraient arrêté et Mme Guinot l’aurait soigné en lui proposant de rester se reposer mais il a préféré suivre ses copains.
Ils rejoignent un campement rudimentaire situé dans ce petit bois où ils ont passé la nuit.
Ce matin là un groupe de milicien se présente aux Termes. Ils se font servir à manger dans une des maisons.
Peu de temps après, dans la matinée, la fusillade éclate et Gilbert tombe sous les balles. Son cadavre est, selon les gendarmes : « étendu sur le dos en travers d’un fossé en bordure d’un petit champ », ils disent « de blé », en fait c’était certainement du seigle.
Gilbert a fuit un ennemi venu d’en haut et va tomber sur les miliciens qui arrivent des Termes donc dans l’autre sens. …
Il n’a pu franchir un fossé, comblé depuis, que l’on peut encore voir plus haut dans la forêt. Il n’a pas fait plus de cent mètres Les gendarmes notent dans leur rapport que les tirs ont été effectués « à bout portant ou à très courte distance » Les gendarmes notent ensuite les douilles qu’ils ont trouvé sur place : « à dix mètres au nord du cadavre, il a été découvert 25 douilles de mitraillettes de 9 m/m et 5 douilles de fusil modèle 36. ». 5 balles c’est la totalité du chargeur avec la vingtaine de balles de mitraillettes trouvées au même endroit, à 10 mètres du corps, ce sont en tout cas le signe incontestable d’un acharnement. En fait son corps est criblé de balles.
Qui sont les tireurs?
Du 16 ou 17 mai 1944 au 6 juin 1944, un très important détachement de la milice a séjourné à Thiviers. Ces forces miliciennes étaient accompagnées de contingents aussi importants de G.M.R. et de Gardes-mobiles, le tout formant le groupe E des forces de maintien de l’ordre sous la direction, toujours selon les gendarmes, du « nommé de BOURMONT. »
La milice était une bande armée, tristement célèbre, créé par la loi du 31 janvier 1943, quelques jours avant celle du 16 février instaurant le Service du travail obligatoire (STO). L’article 3 des statuts de la Milice, définissait ainsi les qualités requises pour en être membre : « 1/ être français de naissance. 2/ ne pas être juif. 3/ N’adhérer à aucune société secrète. 4/ Être volontaire. 5/ Être agréé par le chef départemental. » Les gendarmes se rendent au siège de la milice à Thiviers, en fait à l’hôtel Moulinier , la montre de Gilbert a disparu et très certainement son portefeuille. Les miliciens reconnaissent avoir effectué une opération sur les lieux la veille et c’est vraisemblablement eux qui renseignent les gendarmes sur l’état civil.
Victor de Ghaisne de Bourmont est un officier Saint-Cyrien, mort sous l’uniforme allemand en 1945 dans les combats contre l’armée russe, il est connu comme ayant commandé dans les grandes opérations contre les maquis des Glières en Savoie.
Nous nous retrouvons chaque année ici pour garder et honorer la mémoire de ce jeune homme et au travers lui de tous ces jeunes qui se sont sacrifiés. Leur combat était double, libérer le pays et éradiquer le nazisme. Ils ont réussi à libérer le pays, pas à éradiquer complètement les ferments de l’idéologie mortifère qui avait entraîné le monde dans sa folie furieuse et dont les gouvernement de l’époque n’ont pas su, pas pu, et pour certains, pas voulu, voir assez tôt la menace et la neutraliser.. Qui étaient ces français qui l’ont tué, qui étaient-ils ces chefs de la milice, ces membres du gouvernement du maréchal Pétain ? Comment ces hommes qui n’avaient que les mots « patrie », « nation » à la bouche, ont-ils pu se mettre au service d’un ennemi qui avait envahi le territoire et traquer à mort les jeunes qui voulaient le chasser?
J’emprunte à un écrivain célèbre la citation suivante :
« être ultra c’est chicaner le bûcher sur le degré de cuisson des hérétiques, c’est trouver dans le pape pas assez de papisme, dans le roi pas assez de royauté et trop de lumière à la nuit, c’est être partisan des choses au point d’en devenir l’ennemi, c’est être si fort pour qu’on est contre »
Ces quelques phrases ont été écrites en 1862 par Victor Hugo. Alors 1862, ça n’est pas 1944. Elle peuvent malgré-tout encore être de quelque utilité quand on se demande comment des ultra-nationalistes peuvent à ce point trahir la nation. Le racisme, l’antisémitisme, la haine, l’obsession identitaire n’ont pas disparu. Notre dette vis à vis de ces jeunes est de nous souvenir. Bien sûr 2021 n’est pas 1944, mais nous leur devons aussi de continuer aujourd’hui à réfléchir à ce que peut nous enseigner leur histoire.
Nous n’oublions pas Gilbert Bourdin. Restons fidèles à la mémoire et au combat de ceux que nous honorons. Je vous remercie.
Peut être une image de une personne ou plus, personnes debout et plein air
 
 
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